Corps accord

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Ce corps. Le corps. Notre corps. Un tout, en perpétuel mouvement. En constante mutation. Le corps est-il une unité ? Parfois j’ai l’impression qu’on est plusieurs dans ce corps : lui, ses décisions, et moi. Cette machine domptable au prix d’efforts contants me fascine. Petit billet d’humeur (inattendu) sur 67 kg très personnels.

Pas à me plaindre

Ok J’annonce sans pudeur mes 67 kg parce que comme les ans qui passent, 67 kg ou 58 kg ne changeraient pas beaucoup la donne. Quelques joues en plus ou cm de cuisses en moins. Peut-être une aisance dans certains vêtements. Mais encore… J’avais écrit sur le sujet ici, expliquant que les kilos en moins ne faisaient pas pour autant le bonheur. Je le pense toujours.

Mon corps est une machine bien huilée, une partie fiable de moi. Jamais plus qu’un rhume, pas de gros bobo, rien de cassé. Juste des amygdales trop grosses enlevées  en CM2. Je peux grâce et avec lui faire plusieurs fois du sport par semaine, sans trop sentir les effets le lendemain. Dans mes périples au bout du monde, je mangeais dans les rues sans craindre que mon estomac ne se rebelle. Il s’est adapté aux nuits finlandaises éternelles. Il m’a offert 2 grossesses merveilleuses où je me suis sentie bien et belle. J’ai cru pourtant, pendant mon premier accouchement qu’il me lâchait, qu’il n’y arrivait pas, qu’il capitulait, mais la médecine moderne a pallié à cette faiblesse. Recouvrir ma mobilité fut étrangement long, moi qui n’avais connu ce corps que vaillant. La fausse couche qui a suivie a littéralement été reléguée au rang d’amnésie générale : comme si corps et tête, unis dans le management de crise, souhaitaient rayer de la carte ce souvenir fugace de 8 semaines. Tous les 2 savaient que je ne pouvais pas recourir à un médecin ou faire trop état de la situation (nous étions en croisière en famille), donc ils ont géré courageusement seuls la situation, me laissant dans ma stupeur et mon ignorance. Mon second accouchement m’a redonné une foi incommensurable en ce corps qui m’offrait comme cerise sur le gâteau, un accouchement complet par voie basse (dans mon esprit je l’appelle « accouchement naturel » tellement le premier m’avait semblé « surnaturel » niveau douleur). Aujourd’hui j’ai 40 ans moins le quart et j’ai un corps qui me va. Il ne me plait pas tous les jours, mais il me va. J’ai aussi la chance que des yeux amoureux l’aime.

Je vieillirai avec…
Que ça me plaise ou non
Il ira où j’irai
À quoi bon se laisser tomber…

Arianne Moffat- Mon corps

#MeToo

Aujourd’hui en particulier je me trouve chanceuse. Quasiment bénie. Non, ce corps fidèle qui me porte depuis toutes ces années n’a jamais été (#JeToucheDuBois) souillé par l’avidité  et la brutalité d’un homme. Quand je lis, les yeux écarquillés tous ces posts de copines qui, courageusement (tellement courageusement !!) tape le coeur serré ces quelques lettres #MeToo ou #BalanceTonPorc (hashtags lancés sur les réseaux sociaux pour montrer aux yeux de tous combien les violences faites aux femmes sont courantes), je me dis : « Putain j’ai de la chance ! » et « Bordel quand tout cela finira ! ». Je pense ensuite à mes 2 enfants : une petite fille qui, je le souhaite du fond du coeur, du corps et de l’esprit n’aura jamais à connaître ces maltraitantes, et un petit garçon que nous élevons dans le respect des femmes pour qu’il en soit le défenseur, pas le bourreau. L’éducation, mes ami.e.s, l’éducation est la clé, jusqu’à l’éducation sexuelle. Lil’G ne sait pas encore « comment on fait les bébés ». Ce sujet, je l’aborde de temps en temps pour ne pas le laisser dans le grand flou, mais il le repousse à chaque fois. Si un jour il me demande, je lui dirai ce que c’est que faire l’amour. Je lui dirai combien l’envie commune  est nécessaire pour faire de cet acte soit un cadeau à la vie et pour la vie.

Mais je ne lui parlerai pas de cet homme qui, quand j’avais 16 ans, dans le métro à Lyon a frotté son sexe dressé contre moi pendant 2 stations, caché par la foule compactée. Ces quelques minutes qui m’ont paru une éternité. Je ne lui dirai pas non plus que je suis restée pétrifiée. Les larmes aux yeux, incapable de garder mon sang froid pour le dénoncer ou même partir. J’ai juste réussi à mettre entre lui et moi, au bout d’un certain temps, quand j’étais vraiment certaine qu’il faisait ce que je pensais qu’il faisait, la boîte de mon hautbois, ultime barrage à son agression. Quand il est enfin sorti, avec un flegme spectaculaire, je suis restée contre la barre qui me tenait, jusqu’au terminus, oubliant de sortir, ou ne le souhaitant pas. J’avais besoin d’entendre le mot « terminus ». Après cet événement dont je n’ai jamais parlé, il y aura eu ceux qui m’ont fait rentrer en taxi de peur de marcher dans ma rue seule après 22h, demandant aux chauffeurs de s’assurer que j’étais bien rentrée. Il y a eu ceux qui  me bloquaient en bas de chez moi. J’allais alors voir les boulangers d’à-côté, mes voisins de chambres de bonne, leur demander renfort pour virer mes emmerdeurs. Ceux qui m’ont fait sortir mon téléphone pour me sentir mon seule, ceux qui  m’on fait courir de peur de… Ceux qui m’ont insultée.

Mon corps est intact. Ma tête a eu la force de les oublier, très vite. Déni béni.

Faut-il libérer la parole, je le crois. Le débat entre Christine Angot et Sandrine Rousseau dans ONPC nous a montré 2 visages, 2 histoires et 2 postures face à l’abus sexuel. Donc oui je pense que parler libère mais je respecte celles qui n’y croient plus.

Mais pour toutes celles qui sont dans la douleur, Je vous témoigne mon plus grand soutien et je vous fais le serrement que j’élèverai mes enfants dans le respect de l’Autre, et dans celui de la Femme en particulier.

A lire : l’excellent billet sur l’éducation des fils par Marine Lebreton du Huffpost !

Intranquilité – Christine And The Queens

#LOVEsurVOUS mais uniquement dans le consentement !

 

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