Brèves de métro #3

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Les oreilles tendues et les yeux grands ouverts sur mes congénères, je roule à toute vitesse vers Paris. Depuis la sortie des 2 premières éditions de Brèves de Métro (ici et ici), je ne vois plus ces va-et-viens ferroviaires comme des corvées mais comme des prises de tension de la société qui m’entoure. Pour cette fournée, c’est en moi que le métro a raisonné résonné.

Toujours des petits trous

Paris Gare du Nord. J’ai 2 heures avant le tournage du reportage que France Ô consacre à Skilltroc. Je suis partie si vite que j’ai à peine pensé à ce que je devais porter pour paraître à mon avantage face à la caméra. J’ai crié à N, l’amoureux, avant qu’il n’emmène les enfants à l’école : « Je mets quoiiiiiiiiiii pour le tournage ? », j’ai entendu « Comme tous les jours, faut que ça paraisse naturel si vous filmez une réunion de travail !!». J’ai immédiatement pensé à mes tenues du quotidien. Je me suis dit que ce n’était pas possible. Je suis freelance… et dans freelance y’a « liberté de ne pas se fringuer pour aller travailler sur sa table de cuisine slash bureau ».

J’ai vite pris ma paire d’escarpins qui brillent. Même si on filme rarement les pieds, ça donne toujours une certaine confiance… les paillettes ! #SparklingGirl J’ai sorti une veste noire parsemée d’étoiles et un jeans brut. Rien de diiiingue mais ça fera l’affaire. Il n’y a pas si longtemps, j’aurais posé une journée de RTT pour trouver l’OOTD ! (ndlr : Outfit Of The Day, célèbre hashtag des fashionistas d’Instagram). Il me faut quand même un tshirt « coooool »… Tu vois, un brin looose, manches courtes retroussées, blanc ou noir… le t-shirt qui te met en valeur à tous les coups. Je cherche. Rien. A si. Saloperie de mites !! 2 gros trous sur la poitrine… wouaih bon… ça va se voir ! Pareil sur le 2ème… Le 3eme devait déjà avoir un trou car là… c’est carrément une patate. Je me dis que les mites aiment comme moi les bons cotons de qualité #MitesOuRéalité Pendant que nous, l’hiver, on enroule nos morceaux de pain avec des fils de fondue, les mites, eux se font aussi des orgie de fils naturels.

Le temps file, je prends le 3eme, me disant que c’est le seul qui malgré un trou béant, l’a placé sous le bras, ce qui ne se verra pas… Je m’autorise un passage chez Monop’ à l’arrivée pour trouver un plan B… non troué.

Je suis Gare du Nord et j’ai 2 heures devant moi. Un T-shirt troué et des chaussures qui brillent. Je cherche en vain un Monop’. Je me demande qu’est-ce qui est finalement le moins pire : avoir bonne mine, être repue et arriver sereine ? Ou courir 3 km pour trouver un Monop’ et arriver en nage avec une ampoule aux pieds ? La réponse est simple. J’ai faim.

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Le Zinc du Nord

J’avais testé la dernière fois avec P. cette petite adresse située en face de la gare (repris récemment par une jeune équipe). Encaissée entre un Mc Do et une brasserie à touristes, nous avions été complètement séduites par leur « salade bobun » et leur accueil. Je me prends une table. Avant de commander, je vais inspecter ma tête non maquillée aux toilettes. La cata. Cernes, teint cireux et cheveux en vrac. Le trou sur mon t-shirt me semble minuscule à côté du désastre. Je prends ma trousse de make up et opère un premier ravalement. Je m’installe à la table et branche mon mac en rade. Le serveur/patron arrive :

« Bonjour ! Tu as déjà regardé la carte ?

– Je viens spécialement de Bruxelles pour la salade bobun et je rentre en Belgique juste après ! 🙂

– Hé hé ! La bobun ? C’est ma préférée ! Végétarienne ? Bœuf ? Crevette ?

– Je vais prendre bœuf pour changer !

– Et pour boire ?

– Une carafe !

– Une carafe et une salade c’est parti !

Il revient avec ma salade et la carafe d’eau, le sourire aux lèvres. Il est guilleret. C’est contagieux.

– Tu nous apportes le soleil ou la pluie ?

– Je me suis pris une drache en partant de chez moi sans parapluie… ça n’augure rien de bon pour toi !

– Une drache ?

– Un saut d’eau sur la tête !

– Ha ha ha ! J’adore les expressions belges ! Je ne la connaissais pas celle-ci ! Je les repère tout de suite les belges !

– Ah ! Comment ?

– A la gueule que vous ne tirez pas ! (bon point !)

– Le Parisien a une réputation à tenir pour les étrangers. Personne ne l’avouera jamais, mais si le parisien devenait un être doué de sympathie… Paris ne serait plus vraiment Paris !

Rires.

Je me régale de ma salade et me dis que cette adresse est fabuleuse, je resterais bien pour un dessert. Mais je préfère partir pour tenter de trouver un T-shirt quelque part. Je vais au comptoir :

La serveuse me propose l’addition. Ain’t No Sunshine de Bill Withers s’envole dans les airs, et tous les 3 au même moment nous fredonnons «anytime she’s gone ».

Je pars. Une voix qui vient de derrière le zinc m’envoie un :

– Salut ! Bisou ! A la prochaine !

Je ris.

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Pimp my face

J’erre près du boulevard Stalingrad en quête de ma dose de confiance prêt-à-acheter. Je tombe sur un Marionnaud. Ça fera bien l’affaire. Concentrons-nous sur l’effet bonne mine.

« Bonjour ! Puis-je vous aider ?

– Absolument ! Je cherche un rouge à lèvres rouge rouge !

– Avec des sous-tons plutôt bleutés ou jaunes ?

– J’en ai aucune idée… je dirais rouge ! 😉

– D’accord, un vrai rouge.

– C’est ça !

Elle part faire son choix et revient avec un Saint-Laurent parfait. Elle me l’applique. J’ai m’impression de monter les marches de Cannes.

– Qu’est ce que vous mettez pour le teint ?

– Un anti-cernes et de la poudre matifiante, mais ce que je voudrais c’est faire le moins possible… juste mascara et rouge rouge.

– je vois… et pour les joues ? De la poudre de soleil ? Du blush ?

– Rien. Mais j’aimerais voir ce que vous avez ?

Elle part et revient avec de nouveaux écrins.

– Plutôt du rosé pour l’effet bonne mine. Et si vous le souhaitez vous pouvez faire un léger contouring en dessous de la pommette avec de la terre de soleil.

– J’en apprends des choses, merci !

Elle exécute ses gestes avec précisions et à chaque nouveau coup de pinceau mon visage commence à retrouver des reliefs plus harmonieux. Le chantier est déjà bien entamé et je sens qu’elle veut faire de son mieux pour me proposer un maximum de produits. Je dis « oui » à ses suggestions qu’elle applique sur mon visage. J’arrête quand elle me propose un bilan complet pour ma peau. Elle finit par « souhaitez-vous être parfumée ? » Là encore je la remercie et lui demande si Yves Saint Laurent a ressorti In Love Again que je portais dans ma vingtaine. Elle me répond que oui, qu’elle peut me faire un échantillon si je le souhaite. « Saviez-vous qu’aujourd’hui vous être une cliente VIP et que vous avez -25% sur tout le magasin » ?

#InCannesAgain

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Tel est pris qui

« Tu sais que j’aime bien tes Brèves de Métro ! J’ai lu la dernière et j’ai ri ! Bon, on pourra plus aller chez Startbuck bosser, dommage !

– Mais nooooooooooon ! C’est mon côté écolo qui ressort quand je dis que je n’aime pas cette chaîne. Ils pourraient faire des efforts avec leurs gobelets non recyclables et leurs couverts en plastoc !

– Tu veux que je te ramène après la fin du tournage ? Comme j’ai ma voiture…

– Ce serait vraiment chouette, mais si ça ne te fait pas un détour, sinon je prends le métro… tu sais que j’aime bien !

– C’est vrai ! Pas de métro… pas de brève.

On est rentrées en voiture.

#PasDeBrasPasDeChocolat

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Souvenir d’une autre vie

Métro convention. Cette fois je ne me ferai pas prendre par le temps comme la semaine dernière. Je prévois large. 1h15 pour traverser Paris de sud en nord. J’écourte même le déjeuner avec mon beau-frère et mes jolies-sœurs et avale mon Pad Thaï vitesse éclair.

Je rentre dans la rame, et là je crois voir dans le carré de sièges à côté du mien un visage familier. Troublée. Je reste stoïque et ne tente même pas de confirmer mon impression. Au contraire je tourne la tête vers la vitre. J’ai pourtant le sentiment que ses yeux sont sur moi. Et ce regard a marqué quelques mois d’une vie passée. Pour autant je n’ai aucune envie que ce soit lui. Je repense à cette demande Facebook que je n’accepterai jamais. Ce n’est pas lui. Ça ne peut pas être lui. Pourtant il habite Paris maintenant… enfin je crois. Tout en faisant mes calculs de probabilité à deux balles, je bloque sur mon non verbal. Ne pas tenter de le regarder. Ne pas le regarder dans le reflet pour ne pas croiser le reflet de son regard. J’essaie de me donner une constante comme je peux. Un premier homme faisant la manche passe… Je suis trop en panique interne pour écouter ce qu’il nous hurle. J’imagine ce que pourrait être notre discussion s’il lui prenait l’envie de m’interpeler. Je sais immédiatement que ça ne me plairait pas, que je serais gênée, remuée par les souvenirs d’une histoire trop étouffante. Il fallait que ça se produise sur une ligne où j’ai 15 stations à attendre. Je pourrais descendre à la prochaine station et changer de rame. Mais non. Même si je ressens une indéniable gêne, cette gêne me rend vivante, elle me secoue, elle me fait apprécier ma vie de maintenant. Il suffit que je ne croise pas son visage et qu’il ne me parle pas. Je sens qu’il tourne et retourne ses yeux vers moi, comme indécis. Arrêt Concorde. Il descend, emporté par un flot.

Je ne saurai jamais si c’était lui.

Bisous et bon week-end !

#LOVEsurVOUS

Laura cuspote

Crédit photos : Série Métropolisson de Janol Apin, 2015

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14 réflexions sur “Brèves de métro #3

  1. LauraHantz dit :

    Dis donc c’est très rigolo ces brèves (qui ne le sont pas tant que ça ha ha).
    La dernière fois que j’ai pris le train, c’était pour Paris, une vraie misère, je m’en souviendrais, c’est pour ça que je ne le prends pas souvent !

    Belle journée,

    Laura – Bambins, Beauté et Futilité

    Aimé par 1 personne

    • donotracuspote dit :

      Rohhhhh je sais elles sont de plus en plus longues 😉 Les transports c’est souvent la galère niveau logistique, mais en même temps ça ouvre aussi la porte à des rencontres improbables ! 🙂 Merci Laura d’être passée par ici !

      J'aime

  2. Zeb Leon dit :

    Hahaha, ça me rapelle le temps ou je parcourais le blog « entendu a Genève » qui relatais toutes ces petites phrases humoristiques, décalées ou encore dans une autre réalité
    Un veritable plaisir a chaque fois

    Tien, ça me fait penser que je chercherais bien pour voir si il existe encore

    Aimé par 1 personne

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