Brèves de métro #2

Do not racuspote

Suite à vos gentils commentaires lors de la publication de Brèves de métro #1, je vous rapporte de mon dernier passage à Paris quelques échanges fleuris. Autant la fois passée j’étais l’observatrice amusée d’une faune urbaine et souterraine au futur incertain (entre 2 tours oblige); cette fois, je suis allée à son contact.

J’en perds le nord

Gare du Nord. Mon périple du jour n’était pas complètement fini. J’étais certes arrivée à Paris, mais pas encore au bout de mon voyage du jour. Il fallait que j’aille à l’agence Babel (dédicace à toi Daniel Pennac, qui m’a donné le goût de la lecture à 13 ans avec la série Kamo) récupérer les clés de mon logement du soir. Je devais ensuite rejoindre P. à la Maïf Social Club, ce haut lieu de l’économie collaborative pour une session de networking sur le sujet. Une fin de journée qui s’annonçait prometteuse.

Pour autant, il allait falloir optimiser mon trajet en métro afin d’arriver à mon événement en moins d’une heure. N’ayant pas de réseau, ni de plan de métro, je me rends au guichet afin de demande conseil. Je me place dans la file. Mes sacs me font déjà mal à l’épaule. Je sens que ça va être long. Je jette à œil à la personne qui détient l’information dont j’ai besoin. Je regrette de ne pas avoir fait la recherche avant… Que des touristes dans la file.  Je me dis que cette femme, qui leur répond d’un ton sec et désabusé, incarne peut-être le premier contact avec un français. J’ai un peu honte. Cela ne sert pas notre réputation. Je repense à mon séjour au Portugal et à la gentillesse des commerçants. J’ai presque envie de leur venir en aide, mais je n’ai pas l’information qu’ils recherchent. Le cas échéant, je crois que je l’aurais fait. J’essaie de penser à autre chose mais je bloque sur l’hôtesse RATP. Et quel anglais miteux et limité… Ah Paris capitale du tourisme… mon cul, oui ! J’ai envie de lui dire ses quatre vérités. C’est à moi, tant mieux. Pas mal de choses à lui dire, mais je décide de garder mon calme.

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Moi : Bonjour Madame (grand sourire)… pourriez-vous m’aider à trouver le meilleur itinéraire pour me rendre à 2 adresses dans Paris s’il vous plait ?

– (blasée) Vous avez les adresses ?

– Oui, bien-sûr ! C’est quand même plus pratique d’avoir les adresses quand on doit se rendre quelque part. (Sourire)

– Oh vous savez… ici je vois de tout.

– Alors j’ai besoin d’aller ici… et là.

Elle tape sur son clavier. Fronce les sourcils… Me regarde. Agite à nouveau ses doigts sur le clavier. Me re-regarde puis me dit :

– Vous êtes certaine de la première adresse ? (ouhhh elle me gonfle)

– J’ai tendance à croire Google quand je lui demande une adresse, donc oui ! (grand sourire à nouveau)

– Ah oui, ça y est ! Ca va si vous marchez 7 minutes ?

– J’espère ! Je me suis remise au sport, ça devrait le faire 😉 ! (Sourire)

– Alors j’ai trouvé le plus court !

Elle imprime mes itinéraires, me les tend… Elle se détend.

– Alors il faudra prendre la 8, puis vous arrêter là, ensuite vous marcherez 3 minutes pour arriver à destination. Puis vous retournerez à la station pour prendre le bus numéro 20 pour vous arrêter là.

Elle sourit. Je crois qu’elle est fière de pouvoir m’aider de la sorte et de me voir reconnaissante. Je la remercie, fais un brin d’humour. Elle sourit de plus belle quand j’enchaîne :

– Dans la file, je me demandais pourquoi la RATP n’avait pas encore mis en service des bornes interactives pour trouver facilement son itinéraire. Ca serait bien utile, surtout pour les touristes, non ?! Et puis j’ai pensé à vous, et je me dis que c’est tellement mieux de demander à quelqu’un d’efficace, qui connait son métier ! Et le contact humain, quand on vient de loin c’est important ! Vous voyez, je viens de Bruxelles, et malgré 8 ans à Paris, je ne sais plus rien des quartiers et des lignes.

– On est là pour ça, Madame ! (grand sourire)

– En effet, et il ne faut pas vous remplacer. Parce que même si c’est plus rapide, la machine n’arrivera jamais à vous donner un sourire. Et quand on vient de loin, un sourire, c’est une invitation, c’est un «bienvenue chez nous !» Pensez-y ! Belle journée, madame. Et encore merci de votre aide ! (SOURIRE). Fin de la discussion.

Un strapontin pour Arles

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Le lendemain. Paris >> Bruxelles. Train Izy (low cost de Thalys). 3 minutes avant le départ. On court comme des dératés, mes sacs et moi pour avoir ce fichu train. Pourquoi je suis passée prendre un thé chez Starbuck ? Je n’aime même pas cette chaîne… à part pour donner des prénoms débiles et me marrer toute seule ! J’avais pourtant 50 minutes pour traverser Paris de sud en nord. Je m’en veux ! Je m’en veux. On me scanne avant de monter dans le train. Je trouve ma place à côté d’une dame plongée dans la lecture du Monde. Je me pose.

Les 30 premières minutes servent à éplucher quelques powerpoints sur mon ordi. Puis je suis interrompue dans mon travail studieux par une voix qui sermonne : « Nous vous prions de rester sur vos strapontins et de ne pas vous assoir sur un siège. Merci de votre compréhension ! ». Oui la place strapontin se vend sur Izy. Je regarde autour de moi. Le « ouagon » est au 2/3 vide. Je me tourne vers ma voisine qui sort de sa lecture l’air amusé.

Elle : «Non, mais ils sont incroyables ! Qui cela va déranger ! Le train ne s’arrête pas, personne ne va monter ! Faut arrêter de toujours pousser les règles. C’est la première fois que j’entends ça, et je le prends assez souvent pourtant !

– Moi, quand je vois qu’il est au tiers plein, j’ai peur qu’il le supprime ce train providentiel !

– C’est vrai qu’il n’est jamais très rempli. Peut-être le week-end. A ces prix-là… c’est sûr que ça vaut le coup ! Mais est-ce que c’est rentable ?

– Ce que j’aime avec ce train, c’est qu’il permet aux gens peu organisés, dont je remplis les rangs, de s’y prendre quasiment à la dernière minute !

– Vous avez raison, moi non plus je ne suis pas très organisée et j’ai toujours une place !

– Vous habitez Bruxelles ?

– Oui, mais je suis française.

– Moi c’est le contraire 20 ans à Paris mais née en Belgique !

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Icebreaker idéal. Nous avons discuté pendant 1h40 de tout. De nos vies, de l’école qui n’est plus aussi stimulante qu’avant (sic), de politiques, de la société…

Nous avons ri quand la dame a repris le micro pour nous annoncer dans un néerlandais phonétique incompréhensible que nous étions arrivés à Bruxelles-Gare du Midi et que nous devions…. (la suite, malheureusement, nous ne l’avons pas comprise). Mon autre voisine, assise de l’autre côté de la rangée s’est adressée à nous 2 amusée :

« J’ai nonante-deux ans, et je n’ai jamais entendu un accent néerlandais de la sorte. Je suis certaine que les néerlandophones n’ont pas plus compris que nous. C’est malin, on nous demande de faire quelque chose, mais nous restons comme des idiots mi-assis, mi-levés ! » S’adressant symboliquement au micro : « Vous ne voulez pas répéter en chinois pour voir ? » Elle rit !

Le train s’arrête. Les portes ne s’ouvrent pas. Le train repart pour quelques mètres. Nous venons de nous attacher au Thalys qui repartira demain matin sur Paris. Les portes s’ouvrent. Ma voisine, réalisant l’imminence de notre séparation, me propose de m’inviter à une exposition photos qu’elle organise. Je lui tends ma carte. Elle me sourit et me dit : « N’oubliez pas cet été, visitez avec votre famille Arles ! C’est magnifique et à 40 minutes d’Aix ! ». C’est décidé cet été : j’irai voir Arles !

Métro du coeur

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J’étais ravie de cette rencontre fortuite dans le train. L’esprit léger malgré l’heure tardive, j’avance dans le métro bruxellois. A mon deuxième changement, je me perds à Montgomery. Je me perds toujours dans cette station. Je reviens 3 fois sur mes pas. Je pense trouver. Métro dans 7 minutes. Je me mets au milieu du quai. Il y a deux hommes assis. L’un m’interpelle :

« Vous n’auriez pas l’heure ? » Il est assis et un peu bourré.

– Si, si, attendez… 23h12 !

– Vous savez… j’ai une fille… et bien ma fille c’est ma merveille !

Dans de nombreux cas j’aurais essayé de fuir la conversation, mais là… allez savoir pourquoi…

– Les enfants, c’est nos rayons de soleil ! » je lui réponds.

– Bé oui… mais j’m’suis fâchée tout à l’heure avec elle ! je suis triste, vous savez !

– Faut pas rester fâché, monsieur, les enfants c’est précieux. Ils ont besoin qu’on les soutienne, pas qu’on se fâche avec…

– Tu as raison… je sais… je te dis ça parce que j’ai mal au coeur avec cette situation. Tu vois, elle m’a présenté quelqu’un… un type… j’l’aime pas… pas que je sois raciste ! Ca non ! Pas moi madame ! Il est noir et alors ? (le 2d homme assis est noir. Je lui souris, en mode connivence « il est un peu bourré, il délire, laissons dire »)… mais lààààààà… avec ma fille il est pas sérieux je le sens… alors on s’est fâchés. Parce que ma fille c’est mon bébé, tu sais ! Je sais je n’devrais pas te dire tout ça…

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– Des fois, faut que ça sorte ! je comprends. Et toujours plus simple avec des inconnus. Même s’ils grandissent, ils restent toujours nos bébés ! Elle a quel âge ?

– 19 ans ! Elle veut un bébé ? J’ai dit « c’est pas un homme bien ! Je ne veux pas ! »

– C’est jeune, c’est sûr !

– Moi je veux bien qu’elle se marie, mais avec un musulman. Celui qui ne boit pas, qui fume pas, qu’est sérieux… tu vois !

– Mais le cœur, il s’en fout de la religion, non ? Faut pas essayer de cadrer le cœur, c’est dans ces cas-là qu’on fait n’importe quoi !

– T’as raison… je sais je te parle on se connait pas… (il bougonne dans sa barbe)… mais ça me fait du bien. Tu sais je suis pas un idiot. J’ai étudié. J’ai fait l’informatique. J’ai 52 ans, mais à un moment, la pression… c’était trop dur. J’ai un peu craqué. Mais mes enfants, je les ai bien élevés. C’est ma fierté, mes enfants. Alors je veux le meilleur…

Le métro arrive.

– C’est mon métro ! Bon… promis… vous restez pas fâché… et écoutez votre cœur !

Je le salue. Les portes se referment.

Klô Pelgag – Comme des rames

Belle semaine,

#LOVEsurVOUS

Laura cuspote

Crédit photos : Série Métropolisson de Janol Apin, 2015

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25 réflexions sur “Brèves de métro #2

    • donotracuspote dit :

      J’ai beau dire à tout le monde que je suis timide, personne ne me crois et pourtant… avec le temps… avec la vie… on se rend contre que l’on a tout à gagner à aller vers l’autre (celui que l’on ne connait pas encore). C’est pas simple, faut se « faire violence », donner de soi, qui dire ? que va-t’il penser ?… mais au final il y a toujours quelque chose qui se passe. Je n’y arrive pas toujours. J’y arrive plus qu’avant… Déjà ça c’est gagné ! 🙂 Merci beaucoup pour ton message !

      J'aime

  1. Cathy Mumblog dit :

    Je me suis complètement laissée embarquer par cette brève, ces conversations que nous avons tous, et souvent que l’on oublie vite… Je ne pensais même pas que ça aurait pu en intéresser d’autres avant de te lire !! En plus de ton écriture, les photos sont carrément géniales !!!
    Merci pour ce bel article, ça me donne envie de faire un peu plus attention à ces petites conversations du hasard…

    Aimé par 1 personne

    • donotracuspote dit :

      Merci merci Cathy ! Très touchée ! Je t’avoue qu’il a fallu les encouragements du premier pour me dire qu’en effet, ces brèves ont de l’importance, car ces petits échanges sont importants ! Belle journée ! 🙂

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  2. Louloutediary dit :

    Très sympa ces petites anecdotes ! Il est vrai que le contact humain et le parisien, ce n’est pas toujours ça, mais on tombe parfois sur des petites perles ! J’ai en mémoire l’agent RATP de la station Pigalle qui m’avait bien fait rire le mois dernier.
    Bonne soirée !

    Aimé par 1 personne

      • Louloutediary dit :

        Malheureusement non ! Je crois qu’il était sur la ligne 6, et je ne sais plus s’il chante encore. Pourtant je la prenais tous les jours. Mais je suis déjà tombée sur un chauffeur de RER qui nous donnait toutes les informations de parcours comme dans le TGV, et qui nous souhaitait en prime un très bon trajet en nous conseillant de nous occuper en papotant avec notre voisin au lieu de nous coller devant notre smartphone :p.

        Aimé par 1 personne

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