Pourquoi tant de j’aime

4.jpgSuite à l’installation des nouveaux Emojis sur Facebook, mais surtout suite à cet événement plus personnel (et inattendu) que fut ma première publication avec le billet « Bescherelle ta mère » en Une d’Hellocoton (#GlorioledUnJour)… m’est venue cette réflexion autour du très galvaudé « j’aime » que l’on utilise à tour de bras dans nos échanges sur les plateformes digitales.

#Jaime #Ilike #IkOudVan

Vous ne pouvez pas vous imaginer l’ascenseur émotionnel qu’a représenté cette Une. Je crois avoir rafraîchi ma page 10 fois de peur que ce ne soit d’abord un bug, puis appuyé sur F5 (ou CTRL+R) compulsivement, avide de voir le nombre de « likes » s’envoler #FrénésieEgotique. Avant ce jour, je faisais (et fais toujours évidemment) partie des minuscules blogueuses anonymes qui se répétaient (pour se rassurer) que jamais elles ne joueraient dans la cour des grandes. D’ailleurs, au tout début de ma reprise du blog en septembre 2015 j’avais écrit un billet que j’avais intitulé avec beaucoup de lucidité et d’humilité (que j’ai plus que jamais, je vous rassure) : « Pourquoi je ne serai jamais une blogueuse influente ». Non, je ne deviendrai JAMAIS la nouvelle Garance Doré belge, ne fût-ce qu’un bref instant. Car soyons francs, je n’ai pas un centième de son talent… ou de son style… ou de son style de talent.

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par Garance Doré

Suite à la publication de ce billet sur ma non capacité à intégrer le sommet de la blogo, des blogueuses bienveillantes en réponse m’avaient témoigné leur profonde compassion (car elles aussi avaient compris l’évidence). J’avais d’ailleurs été rassurée de voir que dans la masse, Garance Doré (et ses pairs… #MaisPasDeShoes) était plutôt un cas d’école. #SheIsAnException

Pour en revenir à ce jour béni de la publication sur Hellocoton… Rien n’a changé pour moi, je suis toujours minuscule, hormis mes stats qui ont fait un bon stratosphérique pendant 48h #GroundControlToMajorTom, passant de « Yeah merci les copines/copains d’avoir lu mon billet » à « No way !! En Russie et au Japon ^^!!? » . C’est un peu comme « polochon » (#What?), la mascotte de la classe de mon fils (1ere primaire / CP). Tous les jours il est remis en jeu. Et l’élève qui accomplira une action remarquable pour la classe aura le droit de l’emmener chez lui pour la nuit ! Lil’G (mon fils) a fait dormir polochon 2 fois cette année à la maison, mais je sais que chaque après-midi vers 15h… Il frémit d’espoir d’entendre son nom… Si vous êtes sur Hellocoton et que vous suivez un peu l’actualité blogging au féminin, alors ce sentiment vous a déjà traversé… sans doute… #HelloFrisson

Raison et sentiments

Seule ou accompagnée de centaines de milliers d’autres dans ce grand anonymat du blogging… on en reste pas moins consciencieux, investis, derrière nos écrans, vissés plusieurs heures par semaine à écrire dans un but double :

  1. Pour se faire du bien, surtout lorsque l’on écrit comme moi des billets assez personnels dits d’humeurs.
  2. Pour être lu (et par extension échanger), pour que les mots touchent d’autre personnes, leur fassent ressentir une émotion, génère un échange, et pourquoi pas un débat.
    1. Pour se dorer un peu le blason… Ne nous en cachons pas… On aime quand ça like… Sinon à quoi bon ? Un carnet coincé sous le matelas ferait parfaitement l’affaire comme à nos 15 ans. #DearDiary

Et pour transmettre un sentiment, partager un point de vue, exprimer une opinion à ces autres de l’autre côté de leur écran : quoi de plus beau que les mots,  ce complexe assemblage de lettres ! #BescherelleTaMère. Mais surtout ces mots qui donnent du sens. Ces mots qui font que nous sommes des êtres doués de raison. Ces mots qui ont construit des civilisations. Ces mots qui  permettent de faire bouger les lignes. Ces mots qui remettent en question.

L’apparition des emojis de Facebook, au-delà du fait que :

  • je vieillisse et donc que je m’habitue de moins en moins au changement
  • dans la vie je ne m’exprime pas en LoL, en Grrrrr, en OMG…
  • ce fichu rollover n’apparaisse jamais au bon moment et que je n’arrive pas à cliquer dessus quand je le souhaite #UnPeuNeuNeu
  • qu’il complique drastiquement ma tâche de Community Manager
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Garance Doré

… et bien j’ai peur qu’avec ces emojis l’expression de notre pensée se contente d’un seul petit clic, là où nous étions encore obligés de nous fendre d’un commentaire, même de quelques mots, quand la seule action de cliquer sur le thumb up (pouce en l’air) ne suffisait pas à transcrire parfaitement notre avis, notre réaction.

Avant ce 24 février 2016, dans cette Arène qu’est Facebook, nous n’avions le choix que de vie sur un post par nos pouces levés. Les commentaires négatifs n’étant transmis que par les mots. Et nombreux étaient ceux qui les redoutaient, tellement ils pouvaient être bileux, belliqueux et remplis de fiel sans filtre.

Avec l’arrivée des nouveaux émojis, il semblerait que Mark Zukerberg nous ait enfin octroyer le droit d’exprimer une certaine palette de sentiments, visuellement. Rendez-vous compte de la position de ce mec, du pouvoir de cet homme. Ce simple changement le déifie littéralement. C’est un peu comme si le 6ème jour, Mark, à son image,  créa l’Homme et le dota de sentiments, variés et complexes. #LaGenèseSelonFacebook

L’émoji, une béquille syntaxique

Face à ma perplexité, j’ai consulté les penseurs (les journalistes) et voilà ce que j’ai trouvé. « Les émoticônes puis les émojis ne forment d’ailleurs pas un langage indépendant à proprement parler, mais apparaissent plutôt dans les failles et les marges des échanges en ligne » explique Le Nouvel Obs dans un article récent.

Le journaliste rajoute que « Là où les communications numériques sont initialement faibles et ambiguës en contexte émotionnel, l’emoji intervient comme un paratexte, une sorte de béquille syntaxique qui tente compenser partiellement ce déficit et d’améliorer les chances d’une bonne interprétation par les destinataires de nos messages. Il faut comprendre que la pauvreté de la communication de l’expression des émotions existe en amont de nos échanges numériques, elle n’est pas due au recours à l’émoji. »

Fichtre ! C’est pire que ça alors ? « Pauvreté de la communication » ?!! ^_^

Alors, certes blog et Facebook : pas le même combat ! Mais l’un peu facilement influencer les habitudes communicationnelles de l’autres…. Je vous laisse trouver lequel.

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by Garance Doré

Alors finalement ne sont-ce pas nos blogs, nos bulles de pensées, nos réflexions personnelles que l’on partage avec qui veut bien le lire qui redonnent un peu de souffle à la communicaton digitale (ne fût-ce que pour 1 lecteur… #MerciMaman) ?!

Donc oui OK, je ne serai jamais célèbre #JeVivraiSans

Ok, même pas l’ombre d’une blogueuse qui compte #Soit

Mais Oui je continuerai à bloguer pour chaque semaine me confronter à cette difficulté d’exprimer ses opinions, de mouliner les mots dans le bon sens, de buter sur des morceaux de phrases retors, mais aussi pour rencontrer des gens qui partagent (ou pas) mon avis. Je continuerai aussi à bloguer pour tous ceux qui là où ils sont n’ont pas le droit. Je ne fais pas du militantisme de bas étage, je pense juste à la chance folle que nous avons de pouvoir nous exprimer, même sur des sujets légers, aussi librement. Car aimer bloguer : c’est aimer s’exprimer, c’est aimer se livrer, c’est aimer se montrer. N’oublions pas que non loin de là, certaines pour avoir parlé Beauté (je ne parle même pas d’opinions politiques), certains pour avoir partagé des idées personnelles, sont emprisonnés pour ça. Certain(e)s meurent pour ça…

Alors saperlipopette ! Soyons fier(e)s de ce que nous faisons ! « J’Aimons-nous » les un(e)s les autres en commentant, en critiquant constructivement, en s’interrogeant. Et faisons surtout que notre blogosphère continue à faire émerger des pensées qui décronstruisent ce petit monde digital étriqué, qui oublie sa chance d’avoir tant de liberté. Je ne dis pas que je suis capable de faire plus que toi… que vous que me lisez. C’est un voeux que je formule. Je VOEUX que l’on utilise les mots pour faire du bien autour de nous, pas par bassesse, par petitesse d’esprit. Et surtout, ne nous réduisons pas à traduire nos pensées avec un emoji. Ne laissons pas Facebook et consorts baillonner nos propos en voulant les lisser et les mettre dans une case souriante ou grimaçante.

#BloggingIsNotDead #BeProudToExpressYourself #ThinkOutOfTheBox

Allez, sur cette courte et rapide réflexion, je m’en vais mettre des Love, des likes, des Grrr et des OMG sur ma famille (ou des fois y’a aussi des Grrr #LaVieNormaleQuoi) !

#LOVEsurVOUS

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17 réflexions sur “Pourquoi tant de j’aime

  1. Esther dit :

    Rien de tel que notre bonne vieille grammaire pour exprimer nos sentiments, nos opinions… Je ne cache pas que la mise a jour emotic. de facebook m’a plu, mais, moi, qui aime bien discuter ou commenter, je me suis trouvée aussi pas mal fainéante depuis ça! Ton article me conforte dans ma position! 😉 On a tant à partager, à avouer, à rire… qu’un seul clic ne suffit pas! Moi aussi je VOEUX des mots, des phrases et des beaux discours! Tu imagines si qqn nous parlait et qu’on lui tendait simplement le pouce pour lui dire qu’on aime! 😄 Des choses que l’on adopte bien vite sans réflexion!

    Aimé par 1 personne

    • donotracuspote dit :

      Aaaahhhh tes mots me réconfortent Esther ! On est déjà devenus suffisamment fainéants depuis l’apparition de Facebook (on appelle moins, on s’envoie mon de mails, on se voit moins…), parce qu’on sait déjà tout ce qu’a mangé notre pote de lycée la veille ! Alors avec ces emojis, même plus besoin de « Miam, ça a l’air bon ! Tu me passes la recette ? »… Un gros coeur suffira… Et point barre ! ;D C’est bon de rester un peu critique… parfois (même sur des sujets qui paraissent anodins) ! Surtout le lundi matin ! 😀 Belle semaine à toi et à très vite ici ou là… #MerciPourTesmots

      Aimé par 1 personne

  2. Alex dit :

    Très bon billet (ton meilleur so far !), j’ai même cru que c’est moi qui l’avais écrit dans une crise de somnambulisme 😉

    Blague à part, j’avais ce genre de réflexion il y a quelques jours quand Mark a fait l’offrande au Monde de 6 émotions supplémentaires ! Et comme toi j’ai peur que que ces smileys ne tuent à terme le raisonnement, l’argumentation, et entrainent encore plus la radicalisation de la pensée, déjà en marche sur les réseaux sociaux. Pourquoi expliciter mon effroi ou ma peine quand je peux gagner du temps en cliquant sur le smiley approprié ?

    Twitter avait déjà imposé ses utilisateurs à être concis avec ses 140 caractères : un côté « straight to the point » qui finalement se termine 3 fois sur 4 « straight to the buzz ». Ca fait parler sur des choses futiles et l’on oublie les problèmes essentiels.

    Avec l’avènement du poste de télévision, Warhol disait que tout le monde voudrait son quart d’heure de célébrité ; désormais tout le monde veut son post de célébrité. « Different times, différent post(e)s, right ? » 😀

    Alors bien sur, l’apparition de ces smileys n’est pas un cadeau que Mark fait à ses fidèles utilisateurs mais plutôt un cadeau qu’il se fait à lui même, puisque Facebook va être en mesure désormais d’en connaitre encore plus sur nous et nous proposer un contenu publicitaire encore plus personnalisé dans nos newsfeed puisque on lui aura dit ce qu’on aime, ce qui nous révolte, ce qui nous émerveille, ce qui nous met en colère, ce qui nous met de bonne humeur, etc.

    Pour résumer, plus le discours s’appauvrit, plus Mark s’enrichit !

    CQFD Ce Qu’il Fallait Donotracuspoter…

    Aimé par 1 personne

    • donotracuspote dit :

      Oui mais là… Il me manque le thumb up pour te remercier d’avoir pris la plume pour compléter mon début de propos ! Et WAOUH ! Compliment accepted ! Ce Warhol était un visionnaire à bien des égards… Je fais partie de cette société qui a fuit la télé, qui surconsomme du Net et des réseaux sociaux… Mais prudence… prudence… Soyons toujours sur nos gardes, car le recul de la pensée critique (… umh non trop ambitieux)… disons celui de l’esprit critique se fait drastiquement sentir. Quand les médias sont manipulés, les contre-médias légion mais vraiement fiables ? Quand les politiques ne sont plus dignes de confiance et les valeurs en berne… On se raccroche aux branches et on sourit ou boude les gifs de chats de nos concitoyens… E=Mc2 ;D Bises Mister !

      J'aime

      • Alex dit :

        De rien, la pertinence de ton post m’a inspiré 😉

        ps : ah les gifs de chat, y aurait de quoi écrire une thèse dessus 😀 Perso, « i don’t gif a shit » héhé qu’est ce qu’on ferait pas pour un jeu de mots 😀

        Aimé par 1 personne

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